Audacieuse et ô combien inspirée, l’ouverture de saison au TAPS avec l’ultime création de la désormais mythique compagnie Flash Marionnettes, ANIMAL. Fable écologique où le rire est jaune, en espérant qu’il ne soit pas dernier.
D’emblée, on comprend que l’on va en prendre plein les yeux. Une énorme fresque aux dessins inspirés de la grotte Chauvet. Au beau milieu de la scène encadrée par deux immenses totems modulables, un Tyrannosaurus (le fameux T-Rex) et un sauropode surgissent d’un marécage.
Nous voilà donc dans le Crétacé supérieur, soit 65 millions d’années avant notre ère. Juste avant la grande extinction de plusieurs espèces animales et végétales probablement due à l’impact d’un ou plusieurs astéroïdes sur la Terre. Sacré voyage dans le temps ! D’ère en ère, le temps se rembobine et remonte jusqu’à l’Homo consumericus et son nouveau dieu, l’argent. Prédateur par enjeu économique, il se révèle férocement redoutable.
De l’océan aux forêts, rien ne résiste à son expansion folle et démesurée. Avec en vue une possible concrétisation de l’accélérationnisme qui prévoit la destruction totale avant toute reconstruction. Homo consumericus devient le prédateur d’Homo sapiens. La fable ultime. Le constat est sombre, mais l’heure n’est pas à la lamentation, plutôt à l’action avec le rire comme arme absolue d’éducation. Ou comment faire naître des éclats la future génération d’éco-citoyens. ANIMAL semble s’être construit sous cet impératif. Un cri d’amour pour une humanité autodestructrice avec l’espoir non dissimulé qu’elle saisisse sa dernière chance. Flash Marionnette frappe ici son dernier grand coup qui n’est pourtant pas un chant du cygne. La compagnie continuera à tourner cette création et les artistes poursuivront leurs aventures dans moult autres projets. Mais ANIMAL demeurera une pièce maîtresse dans la panoplie des créations estampillées Flash Marionnettes.
En l’évoquant, le soir de la première, Ismaïl Safwan, metteur en scène et auteur, a la gorge nouée sous le regard de Corine Linden, fondatrice de la compagnie. Mis en lumières – et quelles lumières – par Mehdi Ameur, ces fragments d’histoire deviennent les nôtres par le travail titanesque d’une équipe soudée. D’abord, Ismaïl Safwan qui signe ce puzzle aux illusions étourdissantes. Au cœur du dispositif, deux brillants marionnettistes, Vincent Eloy et Michel Klein, ce dernier étant le créateur de la cinquantaine de marionnettes qui défilent dans le remarquable espace scénique signé Jaime Olivares. Ensemble, ils parviennent à recréer l’illusion visuelle et acoustique d’un marécage, d’un zoo aux portes de Vincennes ou d’un fond d’océan. Sans oublier les costumes de Rita Tataï et les effets sonores de Pascal Grussner. Ça aurait pu être accablant : c’est drôle, intelligent, lumineux. Courez-y en famille.
Dernières Nouvelles d’Alsace - Iuliana Salzani-Cantor, 11/10/2015

  administration